Liturgie

         L’Eglise a fêté vendredi dernier Saint Jean Chrysostome, dont nous célébrons jusqu’à présent la liturgie qui est un joyau à la fois théologique et esthétique.

        Nous vivons dans un pays qui fut longtemps chrétien. Il l’est un peu moins maintenant. Lorsque l’Eglise était indivise, nos traditions étaient très semblables. Les fresques de l’époque romane ne devaient pas choquer un chrétien de l’Empire byzantin. Après la séparation de nos Eglises, chacune a évolué de façon différente et la tradition catholique, même si elle est restée assez proche de la nôtre a connu un schisme et une autre tradition, plus dépouillée, plus austère a vu le jour sous l’impulsion de Luther et de Calvin. Les animosités qui ont pu naître entre nos Eglises se sont apaisées au 20-ème siècle et nos relations sont maintenant cordiales et fraternelles, malgré nos différences, même s’il reste des incompréhensions, même si persistent, de part et d’autre des jugements, même s’il reste des a priori. C’est regrettable, mais c’est humain. Nous ne sommes pas parfaits. Il arrive que certains, parmi nos frères chrétiens, même bienveillants, émettent des réserves sur ce qu’ils ressentent comme une forme de théâtralité dans nos offices, dans nos liturgies, surtout quand elles sont pontificales.

           Il y a un peu plus de mille ans, le prince Vladimir de Kiev choisissait le christianisme byzantin pour la Russie de l’époque. Ce choix a été effectué à la suite du rapport fait par les ambassadeurs du prince, à leur retour de Constantinople. Ces ambassadeurs, qui avaient assisté à une liturgie à Sainte Sophie, la plus grande église-cathédrale de l’Empire byzantin, s’étaient alors demandé « s’ils étaient au ciel, car sur terre on ne pouvait trouver tant de beauté et de magnificence ». Dans nos églises, nous essayons, à la mesure de nos moyens, de nous inspirer de cette beauté et de cette magnificence.

          La réponse aux réserves des Occidentaux qui émettent des réserves à ce sujet est exprimée très clairement par Monseigneur Kallistos Ware, un évêque orthodoxe britannique. Il vous a souvent été dit ici que la liturgie était une anticipation du Royaume.

           Voici ce qu’en dit Monseigneur Kallistos : « Prier et célébrer, c’est percevoir la beauté spirituelle du Royaume des cieux. C’est exprimer cette beauté, à la fois par des mots, de la poésie et de la musique, par l’art et des actes symboliques et par nos vies tout entières » (…) « Nous louons Dieu non seulement avec des mots, mais aussi de nombreuses autres manières : par la musique, la splendeur des vêtements sacerdotaux, la couleur et les lignes des saintes icônes, l’articulation de l’espace sacré dans le plan de l’église-bâtiment, à travers les gestes symboliques comme le signe de la croix, l’offrande de l’encens ou le fait d’allumer un cierge, par l’usage des composantes fondamentales de la vie humaine que sont l’eau, le pain et le vin, le feu et l’huile ». (…) « Pour un chrétien orthodoxe, il est de la plus haute importance que la célébration exprime la joie et la beauté du Royaume des cieux. Sans cette dimension de la beauté, notre louange ne réussira jamais à être une prière au plein sens du terme ».

             Dostoïevsky ne disait rien d’autre quand il affirmait que « le monde serait sauvé par la beauté ».

            Monseigneur Kallistos ajoute que « cette joie et cette beauté du Royaume ne peuvent être convenablement exposées par des arguments abstraits et des explications logiques ; on doit faire l’expérience et non en discuter ». (…) « Toute la valeur du symbole dans la célébration réside dans le fait qu’il exprime quelque chose qui ne peut être dit uniquement par des paroles, que le symbole atteint une part de notre être qui ne peut être touchée par des arguments rationnels ».

            Pour résumer, la prière collective ou individuelle devrait s’affranchir, en partie, du raisonnement intellectuel. Et la perception d’un certain nombre de mystères se fait par imprégnation. La beauté des offices, et l’atmosphère qui y règne, jouent un rôle primordial. Elles laissent entrevoir la beauté infinie qui règne dans le Royaume. La beauté paisible des offices pour les défunts apaise. L’exubérance des offices de la nuit de Pâques fait entrer dans la joie pascale, même ceux qui ne sont pas vraiment pratiquants et ne se sont pas préparés comme il faudrait à la fête. Nous ne cherchons pas la beauté pour la beauté. La beauté n’est pas un but en-soi, mais par son rayonnement, elle participe à la beauté intérieure de ceux qui en sont les témoins. Nous ne sommes pas toujours à la hauteur dans nos efforts, mais il est de notre devoir d’essayer de l’être, à la fois sur les plans esthétique comme spirituel. Dans nos offices, il est normal de vouloir offrir à Dieu ce qu’il y a de meilleur : « Ce qui est à Lui, le tenant de Lui, nous le Lui offrons pour tout et en tout »- nous fait dire Saint Jean Chrysostome.

L’apôtre et évangéliste Luc

Saint Luc, apôtre et évangéliste. Troyes octobre 2015

         L’apôtre et évangéliste Luc que nous fêtons aujourd’hui fait partie des soixante-dix apôtres choisis par le Christ après la troisième Pâque qu’Il a fêtée à Jérusalem. Le chiffre de 70 est symbolique, il fait référence à deux livres de l’Ancien Testament – au Livre de la Genèse où il est écrit que 70 peuples sont issus de la descendance de Noé (au chapitre 10) et au Livre des Nombres où il est rapporté au chapitre 11 que Moïse a réuni 70 anciens sur qui l’esprit s’est posé afin qu’ils prophétisent. L’auteur du livre des Nombres ajoute que ces anciens n’ont exercé que très peu de temps leur don de prophétie.

         L’apôtre Luc a donc fait partie du collège élargi des disciples du Christ, mais pas du groupe des douze apôtres les plus proches. La Tradition dit que Luc était l’un des deux disciples d’Emmaüs.

         L’apôtre Luc est né à Antioche dans une famille de lettrés de culture grecque. Il a étudié la philosophie et la médecine. Ses études l’auraient poussé à adopter le judaïsme avant qu’il ne devienne disciple du Christ. Des quatre évangiles, c’est le sien dont le style est le plus élégant.

         L’apôtre Luc est aussi l’auteur des Actes des apôtres. Il a été le médecin personnel et le secrétaire de l’apôtre Paul qu’il a accompagné dans ses voyages, et ne l’a quitté ni quand Paul a été assigné à résidence à Césarée, ni quand il a été envoyé à Rome pour y être jugé. C’est à Rome que l’apôtre Luc a rédigé son évangile et les Actes des apôtres sous le contrôle de l’apôtre Paul. Après deux ans de captivité, Paul, toujours accompagné de son médecin et secrétaire a visité un certain nombre d’églises locales avant d’être de nouveau emprisonné à Rome, puis condamné à mort. L’apôtre Luc a alors entrepris une série de voyages, faisant un travail d’évangélisation en Italie, sur la Côte Dalmate, en Gaule, en Macédoine, à Antioche et Alexandrie. Il est mort en martyr, à l’âge de 84 ans, en Grèce centrale, dans la ville de Thèbes, capitale de la Béotie où il a été pendu à un olivier.

         Les premiers historiens chrétiens rapportent qu’en plus de ses dons intellectuels, l’apôtre Paul avait des dons d’artiste. Il aurait peint les trois premières icônes de la Mère de Dieu et les lui aurait présentées.

         Ce fait est rapporté dans l’exapostilaire, c’est-à-dire dans le tropaire qui termine le canon des matines de la fête de l’apôtre Luc : « Saint Luc, bienheureux apôtre du Christ, 
initié aux ineffables mystères et docteur des Gentils, avec le divin Paul et la pure Mère de Dieu, 
dont tu as peint la sainte icône avec amour, intercède pour nous qui vénérons 
et disons bienheureuse ta sainte dormition ».

        L’apôtre Luc a aussi peint des icônes des apôtres Pierre et Paul.

         L’apôtre Luc a fait œuvre d’historien. Il est le seul à avoir aussi longuement évoqué la Mère de Dieu, dont il n’est que très rarement fait mention dans les autres Evangiles. La Mère de Dieu est notre intercesseur numéro 1, mais d’autres justes peuvent également intercéder pour nous auprès de Dieu, car Il écoute la prière des justes. Ne négligeons pas le médecin et apôtre Luc pour qu’il demande la guérison de nos maladies physiques et spirituelles.

Rentrée de septembre

Liturgie du dimanche 20 septembre 2015-09-18

Il est très rare qu’il soit fait mention de l’actualité dans notre liturgie où nous sommes appelés à « déposer les soucis de ce monde », et tout membre du clergé doit respecter une totale neutralité sur le plan politique et doit toutefois prier pour les autorités civiles du pays où il réside. Nous allons faire aujourd’hui une exception à la première règle et je vais vous lire un communiqué de l’Assemblée des Evêques Orthodoxes de France qui rassemble tous les évêques orthodoxes canoniques, responsables de communautés dépendant de plusieurs Patriarcats, dont celui dont nous dépendons.

Communiqué de l’Assemblée des Évêques Orthodoxes de France

« N’oubliez pas l’hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges » (Hb. 13, 2)

Les évêques membres de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France (AEOF) manifestent leurs plus vives préoccupations face au drame humanitaire qui se déroule aujourd’hui en Méditerranée orientale. Les conflits, notamment dans cette partie du monde, qui nécessitent un règlement, ont poussé de nombreuses populations sur le chemin de l’exil, le plus souvent, au péril de leur vie.

La théologie orthodoxe à l’égard des migrants, des étrangers, des exilés est sans appel. Elle se fonde sur les paroles du Christ lui-même : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » (Mt 25, 35) et donne en exemple les gestes de charité du bon Samaritain (Lc 10, 25-37).

L’AEOF est donc attachée à l’accueil des migrants en France. D’ailleurs, la présence orthodoxe dans le pays est elle-même le fruit de multiples flux migratoires qui, pour des raisons politiques comme économiques, ont poussé des populations d’Asie-Mineure, du Proche-Orient, des Balkans et d’Europe orientale à y trouver refuge. Dans ce contexte de déracinement, en réponse au déchirement de l’exil, ces populations orthodoxes ont trouvé la force de s’intégrer dans un tissu sociopolitique hospitalier, tout en se constituant en diaspora. Car la France reste jusqu’à aujourd’hui un pays d’accueil, lui-même façonné par l’immigration.

La crise migratoire à laquelle la France fait face aujourd’hui ne se limite pas aux frontières de l’Hexagone, mais elle constitue aussi un défi pour l’Europe et au-delà. Il ne pourra y avoir de solidarité véritable avec les migrants, s’il n’existe pas une solidarité préalable entre les États de l’Union européenne, facilitant le partage de l’effort d’accueil et permettant de repenser la question du droit d’asile de manière plus inclusive. En effet, certains pays, comme la Grèce, sont frappés de plein fouet par cette tragique réalité et ont besoin de la mise en place de mécanismes favorisant une approche d’urgence (« hotspot ») pour permettre le traitement rapide des demandes d’asile.

Enfin, l’AEOF soutient les initiatives mises en œuvre par l’État français devant permettre l’accueil des milliers de migrants qui fuient les violences dans leur pays d’origine. Elle félicite tous les organismes politiques, associatifs et religieux, qui s’engagent en faveur de l’accueil des migrants. Elle invite ses fidèles à prier pour la paix dans ces régions du monde où le terrorisme fait rage et à se mobiliser massivement en faveur de ces populations les plus vulnérables.

Paris, le 11 septembre 2015

         Ce communiqué émanant de l’ensemble des évêques orthodoxes dépendant de Patriarcats canoniques ne prête pas à discussion. Il ne s’agit pas d’opinions individuelles et personnelles, mais de la voix de l’Eglise.

Saints Pierre et Paul

Saint Pierre et Saint Paul Troyes 2015

Nous fêtons, avec un jour d’avance, les apôtres Pierre et Paul, les coryphées et princes des apôtres. Les deux apôtres ont adressé des épîtres très riches en enseignement aux premières communautés chrétiennes. Ces épîtres ont une telle importance que l’Eglise en propose la lecture systématique tout au long de l’année liturgique. Une phrase écrite par l’apôtre Paul dans sa première épître à Timothée est surprenante. Elle pourrait s’appliquer à nous, mais comment peut-elle s’appliquer à St Paul ? Il écrit : « Le Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier ». C’est cette phrase que nous reprenons à notre compte dans la prière avant la communion que nous disons, tous ensemble, à chaque liturgie.

La première partie de la phrase ne pose aucun problème. Le Christ a affirmé qu’Il était venu sauver les pécheurs et non les justes. Qui étaient les justes de l’époque ? C’étaient ceux qui suivaient les commandements dictés par Dieu à Moïse et les règles consignées dans les premiers livres de la Bible. Et nous savons que le Christ a toujours préféré les pécheurs à ceux qui se sentaient justes. Pourquoi ne préférait-Il pas ceux qui observaient scrupuleusement les règles et avaient évidemment raison de le faire ? Parce qu’ils étaient tentés d’estimer que Dieu leur était alors redevable. Le danger est qu’une personne juive ou chrétienne qui observe tous les commandements puisse croire qu’elle mérite d’être récompensée et que les portes du Royaume lui sont ouvertes.

Ce danger a été souligné par des rabbins qui, utilisent les mêmes mots que ceux de l’Evangile : « Observer les commandements de Dieu n’est pas une garantie de récompense. Ne soyez pas comme des serviteurs qui servent leur maître pour recevoir un salaire » – est-il écrit dans un commentaire rabbinique. Pour nous, chrétiens, au chapitre 17 de l’Evangile de Luc, le Christ prend l’exemple d’un serviteur qui aurait bien labouré le champ de son maître. Il demande à Ses disciples : «  Le maître a-t-il de la reconnaissance envers ce serviteur parce qu’il a fait ce qui lui avait été ordonné ? » – et sans attendre de réponse, le Christ ajoute : « vous aussi, quand vous avez fait tout ce qui vous était ordonné, dites : Nous sommes des serviteurs quelconques. Nous avons fait seulement ce que nous devions faire ». Dans l’Ancien, comme dans le Nouveau testament, nous ne sommes pas appelés à labourer un champ, mais à atteindre, ou en tout cas à chercher à atteindre la perfection. Et nous sommes loin « d’avoir fait tout ce qui nous a été, et nous est ordonné ».

Cela donne un autre éclairage à la fausse polémique sur la priorité qu’il faudrait accorder à la foi ou aux œuvres. Notre foi, comme nos œuvres seront toujours insuffisantes. Si nos mérites pouvaient assurer notre salut, le Christ ne serait pas mort sur la Croix pour assurer le salut des héritiers d’Adam que nous sommes. Et si notre foi était suffisante, nous serions proches de la perfection.

Alors quelle est la solution à nos problèmes spirituels ? Sachant que nous ne serons jamais parfaits, faisons tout pour essayer de l’être, et à chaque fois que nous tomberons, ce qui est largement prévisible, relevons-nous et demandons pardon à Dieu – qui l’accorde toujours. Demandons pardon sans jamais chercher d’excuses, et considérons tous les désagréments qui nous accablent dans notre existence comme mérités. Le p. Nikon Vorobiov, un prêtre russe de la première moitié du 20-ème siècle, écrivait à ses enfants spirituels : « Nous avons une dette envers le Seigneur, une dette que nous ne pourrons rembourser (la dette, ce sont les souffrances et la mort du Christ sur la Croix, et tout ce que nous avons reçu à notre naissance) ». Le p. Nikon poursuit : « Aucun exploit, aucun sacrifice, aucune bonne action ne feront l’affaire ». (…) Supportons les vexations, les reproches, les injustices, (…) acceptons les maladies, et (…) portons les fardeaux les uns des autres, pour compenser ne serait-ce qu’un peu notre manque d’efforts spirituels ».

Pour en revenir à la formule « Le Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier » et pour justifier cette formule, l’on peut s’appuyer sur une autre citation du p. Nikon : « Les saints se repentent jusqu’à leur dernier soupir, car ils se sentent indignes d’être proches de Dieu et donc indignes du Royaume. Alors que plus l’homme est pécheur, moins il voit ses péchés et plus il juge les autres avec sévérité ».

Nous pouvons reformuler cette phrase : « Plus l’homme est proche de la sainteté, plus il voit ses propres péchés et moins il juge son prochain. » A nous d’en tirer les conclusions.

La proscomédie

La proscomédie. Troyes mai 2015

 Quand notre paroisse n’avait pas de site-internet, nous publiions des bulletins paroissiaux, plus ou moins trimestriels. Il y a huit ans l’un de ces bulletins était consacré à la proscomédie. Je pense qu’il serait utile de revenir sur cette question – il s’agit de la phase préparatoire à la liturgie. Elle est indispensable, et cette phase est symbolique, c’est-à-dire qu’elle manifeste de façon concrète des réalités qui ne sont pas visibles à nos yeux, parce que nous sommes très loin de la perfection, parce que, en langue des Evangiles, nous sommes aveugles, ou en tout cas mal-voyants sur le plan spirituel.

Après avoir lu les prières d’entrée, le prêtre entre dans le sanctuaire, il revêt ses vêtements sacerdotaux, puis il se dirige vers la table de préparation, située à gauche de l’autel. Il commence à célébrer la proscomédie, la préparation à la liturgie. Il prend l’un des cinq pains ronds, nécessaires à la liturgie. Ces cinq pains levés sont faits à partir d’une farine blanche, de levure et d’eau. Ils sont constitués de deux parties superposées. Chacune de ces parties représente l’une des deux natures du Christ, complètement homme et complètement Dieu.

Le prêtre découpe le premier pain des quatre côtés, puis il en découpe le fond et pose le cube obtenu au milieu de la patène. C’est l’Agneau qui symblise le Christ, c’est l’Agneau qui servira à la communion du clergé et des fidèles.

Ensuite, il découpe une parcelle triangulaire dans un second pain et la dépose sur la patène, à la droite de l’Agneau. Cette parcelle symbolise, cette parcelle représente la Mère de Dieu, la Mère du Christ.

Le prêtre prélève ensuite neuf petites parcelles d’un troisième pain qu’il dispose à gauche de l’Agneau. Chacune de ces parcelles symbolise l’une des neuf catégories de saints, dont il cite un certain nombre de noms.

En prélevant la première parcelle, le célébrant mentionne le prophète et précurseur Jean Baptiste.

         En prélevant la seconde, il mentionne les prophètes Moise, Aaron, Elie, Isaïe, David, Jessé, Daniel et tous les prophètes.

En prélevant la troisième parcelle, le prêtre mentionne les apôtres Pierre et Paul et les autres apôtres.

En prélevant la quatrième parcelle, il mentionne les saints évêques, les hiérarques et les docteurs de la foi Basile le Grand, Grégoire le théologien, Jean Chrysostome, Irénée de Lyon, Hilaire de Poitiers, Germain d’Auxerre, Martin de Tours et un certain nombre d’autres grands docteurs de la foi.

En prélevant la cinquième parcelle, il mentionne une série de martyrs.

La sixième parcelle symbolise les pères théophores, c’est à dire porteurs de Dieu, les moines Antoine, Benoît, Serge de Radonège, Séraphin de Sarov, et des moniales, dont Marie l’Egyptienne.

La septième parcelle symbolise les saints thaumaturges, les guérisseurs anargyres, qui soignaient gratuitement. Il cite Côme, Damien, saint Pantaléon et d’autres saints guérisseurs.

En prélevant la huitième parcelle, le prêtre commémore ceux qu’on appelle les Ancêtres de Dieu, Joachim et Anne, le ou les saints patrons de l’église où il célèbre, les saints du jour mentionnés dans le calendrier et les saints qu’il a envie de commémorer.

La neuvième et dernière parcelle du troisième pain est prélevée en mémoire de l’auteur de la liturgie qui est célébrée – saint Jean Chrysostome ou saint Basile le Grand.

Il reste deux pains : la quatrième, et la cinquième et dernière prosphore.

Le prêtre découpe deux parcelles dans la quatrième prosphore – une première parcelle en commémorant ses autorités ecclésiastiques, le patriarche et l’évêque dont il dépend, et une seconde parcelle pour le pays où la liturgie est célébrée, ses autorités civiles et sa population, et il dispose les parcelles sur la patène devant l’Agneau.

Et enfin, le prêtre découpe une parcelle dans la cinquième prosphore en commémorant les défunts patriarches, les fondateurs de l’église où il célèbre et tous les défunts et il pose la parcelle également devant l’Agneau.

Ensuite le prêtre prélève des parcelles pour tous les vivants et tous les défunts qu’il désire commémorer. Il dépose ces parcelles sur la patène devant le Christ, devant l’Agneau qui servira pour la communion.

Ensuite, et c’est là que vous intervenez, les fidèles présents apportent leurs dyptiques, c’est à dire les listes de vivants et de défunts, avec une petite prosphore, qu’ils peuvent se procurer à la table où l’on vend les cierges. Le prêtre prélève des parcelles pour les vivants et les défunts, dont les paroissiens lisent les prénoms à haute voix. Tous seront associés à la liturgie et le prêtre demandera à la fin de l’office que Dieu efface leurs péchés.

Les paroles exactes sont : «  Lave, Seigneur, par Ton sang précieux, les péchés de Tes serviteurs dont il a été fait mémoire ici, par les prières de Tes saints. » Vous aurez été des co-célébrants.

Pour résumer, sur la patène, l’Agneau, c’est à dire le Christ est entouré par l’Eglise tout entière qui est rassemblée autour du Christ à chaque liturgie, partout où elle est célébrée.

La lecture des dyptiques se faisant en dehors de l’autel, avant le début de la liturgie de la parole, tout le monde peut s’approcher, de la table de préparation des Dons en apportant ses prosphores, pour lire à haute voix les noms figurant sur les dyptiques, les listes remplies au préalable. Pour ceux qui arrivent en retard ou juste pour le début de la liturgie, tout le monde n’habite pas près de l’église, la lecture des dyptiques peut se faire pendant que le chœur chante les antiennes, après la grande et les deux petites litanies du début de la liturgie, et ensuite juste pendant le chant de l’hymne des chérubins, juste avant la grande entrée, quand le prêtre transfère les dons de la table de préparation à l’autel.

Ne négligez pas cette dernière possibilité. C’est loin d’être la solution idéale, mais c’est mieux que de ne pas le faire.

Guérison d’un aveugle à Jéricho

1 Tm, 1, 15-17 Lc. 18, 35-43

 L’évangile d’aujourd’hui rapporte la guérison d’un aveugle à Jéricho en Judée. Le miracle est rapporté sous forme d’un dialogue. Un aveugle entend passer une foule et apprenant qu’elle entoure le Christ, demande par deux fois qu’Il le prenne en pitié. Le Christ l’interroge alors sur ce qu’il attend de Lui. L’aveugle répond qu’il veut recouvrer la vue. Il Le croit capable de le faire et sa foi conditionne le miracle. Il est dit qu’ensuite le miraculé suivit Jésus en rendant gloire à Dieu. L’on peut supposer qu’il est devenu disciple du Christ, l’évangéliste Marc cite son nom – Bartimée. En conclusion, il est dit que voyant cela, tout le peuple fit monter sa louange.

En quoi ce récit nous concerne-t-il ? En tout. Le Christ a dit qu’Il n’était pas venu pour sauver les justes, mais les pécheurs, non les bien-portants, mais les malades, non les voyants, mais les aveugles – sachant qu’en fait, personne n’est vraiment juste. Nous sommes tous malades sur le plan spirituel, nous sommes tous aveugles. Si nous pensons le contraire, si nous pensons que tout va à peu près bien dans notre relation avec Dieu, nous nous trompons lourdement et notre vue est plus mauvaise que celle de l’aveugle de l’évangile d’aujourd’hui.

Alors, que Dieu attend-Il de nous ? Il suffit de reproduire le schéma de l’extrait de l’Evangile que nous venons d’entendre. Il attend de nous que nous nous adressions à Lui par notre prière individuelle et collective, que nous fassions le premier pas, parce que nous sommes libres et que Dieu ne force jamais la main. Il attend de nous que nous prenions conscience de notre faiblesse et de notre imperfection et demandions notre guérison et la voulions vraiment. Il attend de nous que nous ayons une foi suffisante en la possibilité de cette guérison. Il attend que cette guérison soit suivie d’effets dans notre vie, que nous suivions le Christ et assimilions Son enseignement. En un mot, Il attend notre conversion afin que nous soyons la lumière du monde et qu’en voyant notre métamorphose, le monde entier se convertisse, se tourne vers Lui.

La conversion est difficile. Elle suppose que nous fassions notre état des lieux spirituel, sans concession, et acceptions le verdict avec humilité. Elle suppose que nous ayons une confiance totale en Dieu. L’apôtre Jacques rappelle dans son épître que « nous devons demander à Dieu la sagesse qui nous manque, avec foi, sans éprouver le moindre doute, car celui qui doute ressemble à la houle marine que le vent soulève, (…) et qu’on n’imagine pas que le Seigneur donnera quoi que ce soit à un homme partagé, fluctuant dans toutes ses démarches ». Nous ne pouvons que reprendre les paroles du père de l’enfant possédé : « Je crois, Seigneur ! Viens au secours de mon manque de foi ! »

La conversion suppose enfin que nous aimions notre prochain et ne souhaitions jamais de mal à nos ennemis.

Si nous parvenons à aimer notre prochain, à ne pas juger, à nous laisser guider dans notre vie par le discours sur la Montagne, par les Béatitudes, alors nous pourrons peut-être espérer participer à l’évangélisation du monde à laquelle le Christ appelle tous les chrétiens dans les derniers mots de l’Evangile de Matthieu. Ne soyons pas un contre-témoignage. C’est ce à quoi appelle Saint Paul quand il recommande aux Ephésiens de « vivre en enfants de lumière ». Il ajoute que « le fruit de la lumière s’appelle bonté, justice et vérité ».

Saint Nectaire d’Egine

Saint Nectaire d’Egine – Troyes 11 / 2014

            Nous avons tous la fausse impression que la sainteté, sous toutes ses formes, appartient au passé, à une période qui irait des premiers temps du christianisme jusqu’à la fin du Moyen-Age, et que notre époque au sens large, notre époque à cheval sur deux siècles, le 20-ème et le 21-ème, serait peu propice à la sainteté. Rien n’est plus faux. En plus de tous les saints morts de mort naturelle, rien qu’au 20-ème siècle, il y a eu plus de martyrs chrétiens qu’au cours de tous les autres siècles de notre ère – les milliers d’Arméniens assassinés au début du siècle dernier, les milliers de chrétiens de l’ex-empire russe, morts en camps, en prison, en déportation ou simplement fusillés en rase-campagne, parce que le pouvoir soviétique voulait éradiquer toute croyance religieuse, les 700 000 Serbes exterminés au camp de Jasenovac, parce qu’ils avaient refusé d’apostasier, plus récemment, les coptes d’Egypte et tous les autres chrétiens du Moyen-Orient. Tous ces néo-martyrs ont gonflé et continuent de faire gonfler ces chiffres hallucinants.

            Notre communauté de Troyes est pluriethnique. Français, Russes et russophones apparentés, Serbes, Libanais, Syriens ou Irakiens et Grecs, nous avons tous des saints qui nous sont plus proches, parce qu’ils sont de chez nous, même si, comme l’a écrit Saint Paul, il ne devrait plus y avoir ni Grecs, ni Juifs et donc nos saints sont d’abord des saints communs à tous, et leur origine ethnique n’a qu’une importance relative. Au cours d’une émission orthodoxe qui avait pour thème la sainteté, j’ai recensé, dans notre calendrier orthodoxe, une vingtaine de saints de Troyes et sa région, des saints que nous partageons avec les catholiques, car ils ont été canonisés avant la séparation de nos Eglises.

            Aujourd’hui nous fêtons saint Nectaire d’Egine, un saint grec de la fin du 19-ème siècle et du début du vingtième. Le petit villageois de la Thrace occupée alors par les Turcs, commence, à l’âge adulte, à travailler comme enseignant, puis il fait de brillantes études de théologie à Athènes et devient ensuite le bras-droit et l’ami du patriarche d’Alexandrie qui le sacre évêque, trois ans après son ordination sacerdotale et lui confie la métropole de Lybie. La rapidité de sa promotion et le rayonnement spirituel du futur saint Nectaire suscitent des jalousies, et à son ascension vertigineuse succède une longue période de disgrâce qui durera jusqu’à la fin de sa vie. A la suite de dénonciations calomnieuses, on lui prête des ambitions qu’il n’a jamais eues et lui reproche des écarts qui n’ont jamais eu lieu, il est déposé du jour au lendemain. A chaque fois qu’il réussira à se relever, d’abord à la direction d’une école de théologie, puis quand il fonde un monastère féminin sur l’île d’Egine, des menaces et des vexations permanentes le font démissionner de ses fonctions. Jamais il ne s’est révolté, jamais il n’a protesté, subissant les humiliations et les accusations mensongères en silence. Il meurt, malade, le 8 novembre 1920 dans un hôpital d’Athènes. Saint Nectaire d’Egine a été canonisé en 1961 pour son humilité, sa douceur, son œuvre théologique et son rayonnement spirituel. Il est à l’origine de nombreuses guérisons miraculeuses.

            Saint Nectaire d’Egine est l’auteur d’un grand nombre d’essais théologiques, dont la plupart ont disparu au cours d’un des tremblements de terre qui secouent périodiquement la Grèce, et de lettres pastorales. Il a composé également des hymnes, dont celui qui est souvent chanté ici, en grec, pendant la communion du clergé et dont la composition rappelle celle des hymnes acathistes que l’on aime beaucoup en Russie. Cet hymne y est d’ailleurs chanté en slavon. En voici les paroles de sa première partie :

« Ô Vierge Pure, Souveraine, Immaculée et Mère de Dieu,

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Ô Vierge Mère Reine, Toison couverte de rosée,

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Plus élevée que les cieux, plus brillante que le soleil,

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Ô joie des vierges surpassant les chœurs angéliques,

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Plus splendide que les cieux, plus pure que la lumière,

Réjouis-Toi, Épouse inépousée.

Plus sainte que les multitudes des armées célestes,

Réjouis-Toi, Épouse inépousée ». Amen.

Homélie du p. André Fortounatto à l’occasion de notre fête paroissiale

Dans la 3e prière de la liturgie, qui est lue juste avant la petite entrée, nous nous adressons à Dieu en Le priant : « accomplis à présent les demandes de Tes serviteurs pour leur bien, en nous accordant, dans le siècle présent la connaissance de Ta vérité, et, dans le siècles à venir, la vie éternelle ». Nous qui sommes baptisés, nous avons reçu la grâce de devenir les fils et filles de notre Père céleste, nous sommes devenus les temples du Saint-Esprit, selon les paroles de saint Paul. L’évangile d’aujourd’hui nous prévient que nous devons penser à ce qui est le plus important pour nous les chrétiens, c’est s’appliquer à notre salut. Pour cela nous devons apprendre à connaître Dieu, par la prière et par la lecture du Nouveau Testament et des livres spirituels. La connaissance de la Vérité de Dieu, nous permettra de discerner ce que Dieu fait pour nous par Son Fils, notre Seigneur Jésus-Christ. Il n’est pas possible ici de développer l’œuvre de salut de Dieu, mais je voudrais souligner le pourquoi de notre rencontre ici aujourd’hui. Vous savez que le mot grec eucharistie veut dire remerciement et le mot liturgie veut dire œuvre commune – donc nous sommes là pour accomplir une œuvre commune de remerciement.

L’office que nous allons célébrer maintenant est un sacrement. Le sacrement est un acte sacré destiné à la sanctification des hommes. Cet acte constitue une restauration de l’homme tout entier, dans sa dignité d’être créé à l’image de Dieu destiné à devenir semblable à son Créateur. Les sacrements sont des actes de l’Eglise entière, et non des actes isolés, et le Père envoie Son Esprit pour accomplir ce que demande l’Eglise. Mais la liturgie eucharistique n’est pas un des sacrements, elle est la manifestation et l’accomplissement de l’Eglise dans toute sa force, dans toute sa sainteté et dans toute sa plénitude.

Quand l’apôtre Paul écrit aux Corinthiens “ lorsque vous vous réunissez en assemblée … ” (dans le texte grec il est dit en ekklhsia), il dit bien en Eglise et non dans l’église (1 Cor. XI, 18). Cela veut dire que, lorsque nous nous réunissons pour célébrer la liturgie, nous nous réunissons en Assemblée ou en l’Eglise, c’est-à-dire nous constituons l’Eglise et nous entrons en communion avec la Sainte-Trinité, de même nous nous unissons les uns aux autres dans le Saint-Esprit. Nous allons à l’église et nous participons à la liturgie, non pas pour prier personnellement, pour satisfaire des besoins spirituels personnels, mais en allant à l’église et étant chacun membre du Corps du Christ, nous devenons tous ensemble l’icône du ce Corps et nous constituons l’Eglise. Cela veut dire également que ce qui se déroule durant la liturgie ne répond pas aux besoins de tel ou tel fidèle, mais ce qui s’y déroule est le mystère de toute l’Eglise, et ses membres sont en communion les uns avec les autres à l’image de la Sainte-Trinité. Lorsque une communauté chrétienne se réunit pour célébrer l’eucharistie elle devient l’icône de l’Eglise, Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Lors du dernier repas avec ses disciples, Jésus leur a donné en nourriture Son propre Corps et Son propre Sang, Il leur a enjoint de répéter cet acte : “ Faites ceci en mémoire de Moi ” (Luc XXII, 19), engageant sa présence à chaque assemblée.

Après les paroles institutionnelles, le prêtre rappelle le commandement du Christ « Faites ceci en mémoire de moi » et ensuite il dit la phrase suivante « Faisant donc mémoire de ce commandement pour notre salut et de tout ce qui a été fait pour nous : la Croix, le Tombeau, la Résurrection au troisième jour, l’Ascension au ciel, le siège à Ta droite » et il ajoute, et le second et glorieux Nouvel Avènement. Il est normal et judicieux de se souvenir de ce qui est passé et ce que le Christ a fait pour nous, mais dans cette phrase nous nous souvenons de ce qui va arriver : le second et glorieux Nouvel Avènement.

Ayant rejeté le Christ, et L’ayant tué, le monde s’est condamné lui-même à mort. Le monde va se terminer et débutera le siècle à venir. Puisque le Christ a vaincu le péché et la mort, puisque le Père a envoyé l’Esprit-Saint, le siècle à venir, c’est-à-dire le Royaume de Dieu est dévoilé, il nous est donné, il est déjà parmi nous. Le Royaume de Dieu, c’est la connaissance de Dieu, c’est aimer Dieu, c’est la communion et la vie en Lui. Le Christ est entré dans Son Royaume et chaque croyant en Lui, qui est né à nouveau par l’eau et par l’Esprit, appartient à Son Royaume et Le possède en lui. Mais le Royaume ne possède pas sur terre de signes extérieurs, le Royaume n’est pas de ce monde, mais il nous est déjà donné.

Lorsque nous célébrons l’Eucharistie, lorsque nous y participons pleinement, nous ne nous trouvons plus dans ce monde, mais nous communions déjà au Royaume, qui, d’après notre compréhension, ne viendra qu’après le Second Avènement – et ceci n’est pas une sorte de pensée pieuse ou une croyance en la vie à venir – le Royaume de Dieu est invisiblement présent parmi nous. Voilà en quelques mots le mystère que nous allons maintenant vivre. Dans quelques instants nous allons entamer la partie centrale de la liturgie et la plus importante, aussi je vous invite à vous unir aux paroles à que je vais prononcer en votre nom afin que vous soyez réellement tous concélébrants et que nous comprenions dans quelle réalité divine nous introduit par la grâce du Saint-Esprit l’office que nous célébrons.

Troyes 10 / 2014

2Co 9, 6-11 Troyes 10 / 2014

           Dans la lecture d’aujourd’hui, l’apôtre Paul met l’accent sur la générosité qui devrait se manifester au sein des communautés chrétiennes, lorsque l’une ou plusieurs d’entre elles ont besoin de soutien matériel. Il s’appuie sur une citation composée à partir de deux extraits du livre des Proverbes de l’Ancien testament. « Qui sème chichement, chichement aussi moissonnera, et qui sème largement, largement aussi moissonnera ». Le message semble clair – les gens généreux seront récompensés, ceux qui ne le sont pas, n’auront pas de récompense.

            En fait, le message n’est pas aussi limpide qu’il y paraît ; voyons les citations des proverbes sur lesquels l’apôtre Paul s’est appuyé : « Qui sème l’injustice récolte la calamité » – est-il écrit au chapitre 22, verset 8 du livre des Proverbes, et au chapitre 11, verset 24 : « Tel fait des largesses et s’enrichit encore, tel autre épargne plus qu’il ne faut et connaît l’indigence ». Tout cela semblerait indiquer que lorsque l’on fait le bien et lorsqu’on est généreux, la récompense vient plus ou moins rapidement et quand on « sème l’injustice » quand on manque de générosité, la punition vient aussi plus ou moins rapidement. Deux questions se posent. D’abord, de quelle récompense s’agit-il et, ensuite, y-a-t-il vraiment automatisme – une attitude positive, la bonté sont-elles toujours récompensées et, inversement, une attitude négative, le mal sont-ils toujours suivis d’un châtiment ? S’il s’agit d’une récompense ou d’un châtiment sur cette terre, la réponse est manifestement non. L’expérience prouve que cette loi est loin d’être absolue. Les voleurs, les assassins ne sont pas toujours punis ici-bas, et l’on pourrait même croire que certains d’entre eux seraient même en quelque sorte récompensés par leur bien-être, par leur niveau de vie. Quand on demande au Christ si les infirmes de naissance paient pour les fautes de leurs parents, Il répond par la négative. En fait, la récompense ou le châtiment ne sont jamais immédiats, il faudra attendre la fin de notre vie terrestre, et la récompense ou le châtiment ne seront pas matériels. Dieu nous laisse entièrement libres – libres de nous sauver, libres de nous damner. Si faire le bien était immédiatement récompensé, et largement, plus personne ne ferait le mal et nous ne serions plus libres de nos choix, à moins d’être inconscients.

            D’autres questions viennent s’ajouter à propos de l’efficacité ou de l’inefficacité de la prière. Les Pères de l’Eglise distinguent quatre sortes de prières – la glorification ou doxologie, quand nous louons Dieu, l’action de grâce quand nous Le remercions, la prière repentante, quand nous prenons conscience de notre état de pécheurs et demandons pardon à Dieu et, enfin, la prière de demande – celle qui, malheureusement, nous intéresse le plus. Elle devrait venir en dernier, la plupart du temps, elle vient en premier. Essayons de respecter l’ordre préconisé par les Pères.

            Dans les trois premières catégories de prières, nous n’attendons rien, sinon le pardon de nos fautes – et nous savons que Dieu pardonne soixante-dix sept fois le péché, c’est-à-dire toujours, si nous sommes sincères, et si nous avons nous-mêmes pardonné ses fautes à notre prochain.

            Alors, dernière question – que faut-il faire pour que nos prières de demandes soient entendues, pour qu’elles soient suivies d’effets ? Nous trouvons les réponses dans les Evangiles, dans les épîtres des apôtres et chez les Pères de l’Eglise. « Tout ce que vous demanderez dans la prière avec foi, vous le recevrez » dit le Christ dans le Chapitre 21 de Matthieu. Celui qui donne le plus de conseils dans le domaine de la prière est l’apôtre Jacques dans son épître. L’on doit demander la sagesse en priorité et le faire « avec foi, sans éprouver de doutes ». La sagesse nous soufflera ce qu’il convient de demander et ce qu’il faut oublier parce que cela va à l’encontre des plans de Dieu.

            Un saint, mort au début du 19-ème siècle, saint Nicodème du Mont Athos, ajoute qu’il faut être « patient et persévérant ». Il prend l’exemple d’Abraham à qui Dieu a promis une grande postérité – et qui a du attendre sa quatre-vingt sixième année pour avoir un premier fils et son centième anniversaire pour en avoir un second … St Nicodème cite le Père Macaire, un Père égyptien : « Quand on ne reçoit pas rapidement ce que l’on demande, c’est parce que Dieu tarde à répondre, pour obliger celui qui prie à persévérer dans sa prière ».

            Saint Jean Chrysostome va encore plus loin – « Dieu donne ou ne donne pas, – écrit-il, les deux cas sont utiles – dans le non-recevoir, on reçoit quand même. Ne pas recevoir est parfois plus avantageux que recevoir, car dans tous les cas, Dieu donne. L’échec est parfois plus utile que la réussite ».

            Le bien est rarement récompensé ici-bas, le mal est rarement puni. L’actualité, malheureusement, l’illustre presque tous les jours. « Les jugements de Dieu sont insondables et Ses voies sont impénétrables » a écrit St Paul à la fin du chapitre 11 de l’épître aux Romains. Cela signifie que nous ne sommes pas en mesure de tout comprendre et que les épreuves que nous traversons nous font mûrir sur le plan spirituel, qu’elles sont des croix que nous sommes appelés à porter.

        Mais retenons que, quand nous faisons le bien, il ne faut pas attendre de récompense. Il faut le faire parce que c’est ce que Dieu attend de nous. Et quand nous prions, ne comptons pas sur un résultat immédiat, soyons confiants – Dieu sait ce dont nous avons besoin, le Christ l’a dit.

rentrée de septembre

Rentrée de septembre 2014 Troyes

            Le Nouvel an liturgique est fixé par notre Eglise au 1-er septembre. Dans notre Patriarcat, c’est aussi le jour de la Création. Cette commémoration a été instituée en 1989 par le patriarche de Constantinople Dimitrios, et son successeur, le patriarche Bartholomée, a fait composer des vigiles pour la fête.

            Il y a de nombreuses façons de comprendre la parabole des talents. Ces interprétations ne sont pas exclusives l’une de l’autre. Et l’on peut établir un parallèle avec la Création. Le premier homme a reçu la vie et il a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Ce premier talent, cette ressemblance, Adam devait la développer, mais en restant volontairement soumis à Dieu, en ne faisant pas un mauvais usage de sa liberté. Nous savons qu’il a voulu s’affranchir de cette soumission. Le premier homme a reçu un second talent – Dieu a voulu lui accorder le statut de co-créateur. Même après la chute, il a reçu la terre sur laquelle nous vivons et en a été responsable comme nous le sommes encore actuellement. En plus de la terre où nous vivons, chacun de nous a également reçu des dons, à commencer par la vie, puisqu’il nous a été donné de naître, puis toutes les facultés physiques, intellectuelles et spirituelles qui nous ont été aussi données à la naissance et que nous sommes appelés à faire fructifier. Il est normal que nous ayons à assumer une forme de responsabilité pour l’accomplissement de ces dons. Que personne ne pense qu’il n’en a reçu aucun – encore une fois, cela vous a été souvent dit ici, tout le monde n’est pas obligatoirement un génie, tout le monde n’a pas vocation à être un sportif ou un artiste de haut niveau, mais il y a un don que nous avons absolument tous reçu, un don qu’il nous faut développer – c’est la faculté d’aimer son prochain. Le prochain, c’est toute personne qui a besoin de nous, et nous avons tous besoin les uns des autres.

            En ce début de septembre, nous mettons l’accent sur le premier don que nous avons reçu en même temps que la vie, nous mettons l’accent sur la sauvegarde du monde qui nous a été confié. Dans le récit biblique de la Création, il est dit que Dieu a créé le monde en sept jours – il s’agit de sept étapes et non de sept jours terrestres. La durée d’une journée sur Mercure vaut 59 jours terrestres, sur Vénus elle en vaut 117. Dieu, par définition, n’est pas limité par les contingences, par le calendrier astronomique de la planète sur laquelle nous vivons, ni celui de toute autre planète de l’Univers. A l’issue de la Création Dieu exprime Sa satisfaction – « Dieu vit tout ce qu’Il avait fait, et que c’était très bon ».- est-il écrit. Auparavant, Il avait confié la terre au premier couple d’humains : « Dieu les bénit et Il leur dit : Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la » – lisons-nous dans la Genèse. La domination dont il est question ne signifie pas que l’homme peut faire tout ce qu’il veut avec la création, cela signifie qu’il ne doit pas lui être soumis, qu’il ne doit pas être dominé par elle. Nous pouvons ajouter que l’homme est responsable de ce qui lui a été confié, et qu’il ne doit pas le détériorer.

            Lorsque le premier homme a enfreint la seule interdiction qui lui ait été faite, lorsqu’il a voulu « posséder la connaissance de ce qui est bon ou mauvais et être comme Dieu », il s’est chassé lui-même du paradis. Il est rapporté que Dieu lui a alors dit : « parce que tu as mangé de l’arbre dont Je t’avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous le jours de ta vie (…) jusqu’à ce que tu retournes à la terre car c’est d’elle que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras ». Il est écrit quelques lignes plus loin que « la terre s’était corrompue devant Dieu et s’était remplie de violence ». Le premier homme s’étant privé de la première chance qui lui avait été offerte par Dieu, une deuxième chance a été offerte à Noé et à ses enfants après le déluge, puis une troisième et dernière chance nous a été offerte par le Christ.

            Pour un chrétien ou un juif, la terre n’est ni bonne, ni mauvaise, elle est neutre. Et l’homme ne peut maîtriser ni les éruptions volcaniques, ni les tremblements de terre, ni les raz-de-marée qui engloutissent indifféremment les bons comme les mauvais. En revanche, il est appelé à veiller à ce que son comportement n’accentue pas les désordres naturels. Le détournement des fleuves, l’exploitation déraisonnable des ressources terrestres, la pollution qui s’accroît du fait de l’augmentation exponentielle de la consommation, tout cela va à l’encontre des plans de Dieu. Il a créé un monde parfait, l’homme, co-créateur, l’a rendu imparfait. Il n’a pas fait fructifier son talent. La fête de la Création nous rappelle cela et nous met en face de nos responsabilités.