Dimanche de l’Exil d’Adam – dimanche du Pardon Troyes 2020

Le dimanche du Pardon, le dimanche d’entrée en carême est aussi celui de l’Exil d’Adam. L’appellation dimanche du Pardon est claire. La finalité du Grand carême est double – c’est une période de préparation à Pâques, à la fête de la Résurrection du Christ. C’est aussi une période où nous fournissons davantage d’efforts, une période où nous essayons de vivre en nous rapprochant de l’idéal de vie auquel nous sommes appelés. Pour éviter le risque de sombrer dans le désespoir, parce que nous nous rendons compte de notre éloignement de la perfection, et parce que nous sommes incapables de fournir des efforts sur une trop longue durée, le Grand carême qui précède la Semaine de la Passion est limité dans le temps, même s’il peut sembler long.

Dans la prière que le Christ nous a léguée, il est recommandé de demander à Dieu de nous pardonner nos fautes, comme nous pardonnons ceux qui nous ont offensés. Il nous est annoncé aussi, sans ambiguïté, que nous serons jugés de la façon dont nous aurons jugé notre prochain. Si nous avions cela en permanence à l’esprit, si nous avions conscience des risques spirituels que nous prenons en oubliant ces recommandations, nous ferions plus attention. Le dimanche du Pardon met l’accent sur ces recommandations. L’on ne peut entrer en carême sans avoir pris conscience, en demandant pardon à notre prochain de la tendance à juger qui nous est trop naturelle.

En revanche, l’intérêt de la commémoration, en début de carême, de l’Exil d’Adam est moins clair. Il est rapporté dans la Genèse, qu’Adam, le premier homme, avec Eve, sa compagne, ont été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Cela signifie qu’ils étaient potentiellement parfaits, qu’ils étaient immortels, et complètement libres. La seule restriction à leur liberté était la reconnaissance de leur statut d’humains, incapables d’acquérir la connaissance sans l’aide de Dieu, tout en étant libres de choisir entre le bien et le mal. C’est ce dernier point qui est à l’origine de la chute d’Adam, chute partagée avec Eve. Ils ont voulu acquérir la connaissance, et donc la perfection, par eux-mêmes, sans se référer à Dieu et ils ont enfreint la seule règle qui leur avait été imposée. Ils ont été victimes de l’orgueil. L’on dit communément que Dieu les a alors chassés du paradis. En fait, ils s’en sont chassés eux-mêmes et ont pris « le chemin de l’exil ». Cela signifie qu’ils se sont privés de l’immortalité et sont devenus sujets à la maladie et à la tendance à choisir le mal plutôt que le bien.

Nous sommes les descendants de ces exilés. Nous sommes mortels, sujets aux maladies – physiques comme spirituelles. La finalité d’une vie chrétienne est le retour d’exil, le rétablissement de l’image de Dieu en nous. Ce retour ne peut s’opérer définitivement qu’à notre naissance au ciel, qu’à notre mort. Parfaitement conscient de notre faiblesse, le Christ indique la marche à suivre pour atteindre ce but. Cette marche à suivre est indiquée dans les Evangiles et dans les épîtres des apôtres. Nous ne parviendrons jamais à la perfection, car seul Dieu est parfait, mais dans la parabole de l’enfant prodigue, il est bien clair que le Père pardonne son fils dévoyé, alors qu’il n’a même pas demandé pardon, uniquement par amour et parce que le fils prodigue est resté complètement humble, n’attendant rien, n’espérant rien, sauf d’être traité comme les animaux de la ferme paternelle.

Cela signifie que notre retour d’exil dépend du pardon accordé à ceux qui nous ont offensés. Le rite du Pardon vraiment assumé est à la fois douloureux et libérateur. Retombons en enfance. A l’âge adulte, il ne nous est pas naturel de demander pardon quand nous avons commis une faute, parce que nous n’en avons que trop rarement conscience, ou en avons honte, comme Adam et Eve qui se sont cachés après avoir commis la faute. Les enfants qui demandent pardon ajoutent « je ne recommencerai pas », ce qu’ont omis de faire Adam et Eve. Ne reproduisons pas ce qui a été fait par le premier homme. N’imaginons pas que nous serions capables de nous passer de Dieu. Ayons l’humilité de nous en rendre compte. Evitons de juger notre prochain et pardonnons le, comme nous voudrions que Dieu et ce prochain nous pardonnent. Si aujourd’hui, à l’occasion des vêpres du Pardon, nous pardonnons de façon automatique, sans trop y réfléchir, si nous ne réussissons pas aujourd’hui à pardonner sincèrement, fixons nous comme un des objectifs de carême de travailler en ce sens. La prière pénitentielle en français et en russe peut nous aider.

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